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Y.M.C.A. : ce que signifie vraiment le sigle, et l'histoire du tube des Village People
La planète entière lève les bras dessus sans savoir ce que les quatre lettres veulent dire. Derrière le tube le plus dansé du monde : une association chrétienne fondée à Londres en 1844, deux producteurs français, un malentendu en direct à la télévision, et un procès qui a duré quatre ans.
Que veut dire Y.M.C.A. ?
Les quatre lettres se déplient mot à mot : Young (jeunes), Men's (hommes), Christian (chrétienne), Association. En France, le mouvement porte un autre nom : l'Union chrétienne de jeunes gens, l'UCJG.
Le point que presque tout le monde rate : ce sigle n'a pas été inventé pour la chanson. Quand le disque sort, l'association existe depuis déjà cent trente-quatre ans. Et dans le monde anglo-saxon, « un YMCA » ne désigne pas une organisation abstraite mais un lieu : un foyer avec des chambres bon marché, un gymnase, une piscine, et tout un programme d'activités pour la jeunesse. On y prend une carte de membre, on y fait du sport, on y trouve une communauté quand on ne connaît personne. C'est cette fonction sociale que chantent les Village People, pas l'institution.
1844, Londres : un drapier de 23 ans invente les quatre lettres
George Williams a 23 ans et travaille comme drapier dans un Londres en pleine révolution industrielle. La ville aspire des milliers de jeunes travailleurs venus des campagnes, qui se retrouvent seuls, sans logement décent ni personne à qui parler. En 1844, Williams fonde une structure d'entraide pour briser cet isolement : la Young Men's Christian Association.
Le mouvement essaime vite. La première antenne parisienne ouvre dès 1852. L'association obtient un statut consultatif auprès des Nations unies en 1947, et quatre de ses dirigeants ont reçu le prix Nobel de la paix. Autrement dit : le refrain que l'on braille en soirée célèbre, sans le savoir, l'une des plus vieilles organisations humanitaires du monde.
1978, New York : deux Français inventent les Village People
L'histoire est savoureuse pour un site français : les Village People sont une création française. Jacques Morali et Henri Belolo, deux producteurs de disco installés à New York, observent la faune de Greenwich Village et ont une idée de génie : monter un groupe qui incarnerait les archétypes de la masculinité américaine. Ce sera un cowboy, un ouvrier du bâtiment, un policier, un soldat, un motard et un chef amérindien.
La légende raconte que le titre naît en passant devant un foyer YMCA new-yorkais, et l'envie de chanter cet endroit où des jeunes hommes se retrouvent. Le morceau est enregistré aux Sigma Sound Studios de New York, produit par Jacques Morali, et paraît en 1978 sur l'album Cruisin'.
Ce que racontent vraiment les paroles
Première chose à savoir : le morceau s'ouvre sur une adresse directe, « Young man, there's no need to feel down », soit « jeune homme, inutile de broyer du noir ». Tout le texte est un conseil donné à un jeune homme fauché et perdu dans la grande ville : va au YMCA, tu y trouveras un lit, du sport et des gens. Les paroles sont donc, littéralement, une publicité chantée pour un foyer de jeunes travailleurs.
Reste la question qui fâche, et là les versions divergent. Il faut les donner toutes les deux.
Victor Willis, le policier du groupe et chanteur principal, en a écrit les paroles. Il n'a jamais cessé de dire que ce n'était pas un hymne gay : selon lui, « traîner avec tous les garçons » relève simplement de l'argot noir américain des années 70, et la chanson parle d'amitié, de sport et de distractions entre copains. Son représentant le déclare dès 2007, Willis le répète en 2014, et en 2024 il annonce que son épouse poursuivra les rédactions qui présenteraient le titre comme un hymne homosexuel.
En face, Henri Belolo décrit dans un documentaire de 2013 le morceau comme le « manifeste de la fierté homosexuelle » de Jacques Morali. Et dans le New York des années 70, les foyers YMCA étaient des lieux de sociabilité gay parfaitement identifiés.
Les deux lectures cohabitent depuis quarante-cinq ans, et c'est probablement ce qui a fait le tube : un texte assez simple pour être hurlé par un stade entier, assez ambigu pour devenir un étendard.
La chorégraphie la plus connue du monde est née d'un malentendu
Le 6 janvier 1979, le groupe passe dans American Bandstand, l'émission de Dick Clark. Dans le studio, le public se met à dessiner les lettres avec les bras. Victor Willis comprend immédiatement le potentiel et reprend le geste sur scène. La chorégraphie est née, ce jour-là, devant les caméras.
Sauf que personne ne l'avait prévue. Randy Jones, le cowboy du groupe, a raconté en 2008 dans Spin que tout est parti d'un quiproquo : la chorégraphie d'origine consistait simplement à taper des mains au-dessus de la tête pendant le refrain. Le public a cru y voir un « Y » et s'est mis à compléter les trois autres lettres. Le geste le plus imité de l'histoire de la pop est un contresens du public.
Y
Les deux bras tendus en V au-dessus de la tête.
M
Coudes écartés, avant-bras qui redescendent vers la poitrine.
C
Les deux bras courbés du même côté, en arc ouvert.
A
Les mains qui se rejoignent en pointe au-dessus du crâne.
Les quatre positions, dans l'ordre du refrain.
Le procès qui a rebattu les crédits
Pendant des décennies, le titre est crédité à trois noms : Morali, Belolo et Willis. En 2011, Victor Willis attaque en justice et réclame la moitié des droits d'auteur. En 2015, le jury lui donne raison et lui accorde exactement ces 50 %, estimant qu'Henri Belolo n'avait joué qu'un rôle mineur dans l'écriture des treize titres concernés.
L'association a d'abord voulu attaquer, avant d'en être fière
À la sortie du disque, la YMCA n'apprécie pas du tout : elle menace le groupe de poursuites pour atteinte à sa marque. L'affaire se règle finalement à l'amiable, hors des tribunaux. Des années plus tard, l'association a fini par revendiquer publiquement sa fierté d'être associée au morceau, devenu son meilleur ambassadeur.
Les chiffres du tube
Numéro 1 au Royaume-Uni le 6 janvier 1979. Numéro 1 également en Allemagne, en Australie, en Autriche, en Irlande, en Nouvelle-Zélande, en Suède, en Suisse, au Canada et en Belgique. Aux États-Unis, le titre culmine à la deuxième place du Billboard Hot 100 au début de 1979, bloqué par deux autres monuments de l'époque : Le Freak de Chic, puis Da Ya Think I'm Sexy? de Rod Stewart. Au total, environ 12 millions d'exemplaires vendus dans le monde, ce qui en fait l'un des morceaux les plus diffusés de l'histoire de la musique.
Quarante-cinq ans plus tard, il ne se passe pas un mariage, un stade ou une soirée d'entreprise sans que quatre lettres ne montent dans les airs. Pas mal, pour un morceau écrit sur un foyer de jeunes travailleurs londonien fondé sous la reine Victoria.
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