D.I.S.C.O. le spectacle

Des Folies Bergère aux pistes de danse : l'esprit disco sur scène

Piste de danse illuminee d'une discotheque des annees 70 sous une boule a facettes

Accueil · La musique disco

La musique disco : d'où elle vient, comment elle sonne, et ce qu'elle est devenue

Quatre temps, une grosse caisse, des violons et une boule à facettes : en cinq ans à peine, le disco est passé des sous-sols de New York à la première place mondiale, avant de se faire brûler en public dans un stade de Chicago. Voici le genre expliqué pour de bon, et la place, largement sous-estimée, qu'y tient la France.

En une ligne Le disco est un genre musical de danse né au début des années 1970 dans les discothèques de New York et de Philadelphie, issu du funk, de la soul, de la pop, de la salsa et du psychédélique. Il se reconnaît à son tempo d'environ 120 pulsations par minute et à sa grosse caisse qui frappe les quatre temps. Et son nom vient d'un mot français.

D'abord : « disco » est un mot français

Le genre le plus américain de tous porte un nom emprunté au français. « Disco » est l'abréviation de discothèque, le mot qui désignait chez nous ces lieux où l'on venait danser sur des disques plutôt que devant un orchestre. Les Américains ont pris le mot, l'ont raccourci, et en ont fait une musique. C'est la première ironie d'une longue série : dans cette histoire, la France n'est jamais très loin.

D'où vient le disco ?

Le disco n'est pas sorti de nulle part au milieu des années 70 : il fermente dès le début de la décennie dans les discothèques de New York, à Brooklyn, dans le Bronx et à Harlem, ainsi qu'à Philadelphie. Son public d'origine vient des communautés afro-américaines, latino-américaines et italo-américaines, et de la scène psychédélique de ces deux villes.

Musicalement, c'est un carrefour. Le disco prend le groove du funk, les voix et les arrangements de la soul, l'efficacité de la pop, et les percussions des musiques latines, salsa en tête. À une époque où le rock domine tout et regarde la musique de danse de haut, ces pistes deviennent un refuge. Un endroit où l'on vient pour danser, pas pour écouter religieusement un guitariste faire un solo.

À quoi reconnaît-on un morceau disco ?

C'est la question que personne ne pose jamais, et pourtant le disco a une signature technique très identifiable. Quatre marqueurs suffisent à le reconnaître en trois secondes.

Le « four on the floor ». C'est l'ADN du genre : chaque temps de la mesure à quatre temps est martelé par la grosse caisse, pendant qu'un charleston ouvert marque les contretemps. Ce battement régulier, presque hypnotique, est ce qui permet de danser sans jamais chercher le rythme. La house, plus tard, en fera son fondement.

Un tempo autour de 120 pulsations par minute. Assez rapide pour lancer une piste, assez tenable pour y rester quatre heures.

Une basse qui chante. Jouée en syncope, souvent en slap, elle n'accompagne pas : elle est la mélodie que le corps suit. Écoutez « Good Times » de Chic, tout est là.

Un orchestre au service de la piste. C'est ce qui distingue le disco du funk brut : violons, violoncelles, trompettes et trombones, claviers électriques (Fender Rhodes, Wurlitzer, Clavinet Hohner), percussions latines comme les congas et les timbales, puis les synthétiseurs à partir de la fin des années 70. Le tout mixé avec une générosité d'écho et de réverbération sur les voix.

La logique d'ensemble est inversée par rapport à la chanson traditionnelle : ici, le rythme et l'orchestration passent avant le texte et la mélodie. Un titre disco n'est pas fait pour être écouté assis. C'est une machine.

Le son de Philadelphie, la matrice du genre

Avant que le mot ne s'impose, le style se fabrique à Philadelphie, autour d'un label : Philadelphia International Records, fondé en 1971 par Kenneth Gamble et Leon Huff. Les deux hommes avaient mis au point dès les années 60, en travaillant avec les groupes de soul locaux, ce que l'on appellera le « son de Philadelphie ».

La recette est identifiable entre mille : des cordes soyeuses, des cuivres, des voix douces et un groove impeccable. Le secret de fabrication tient à deux ingrédients rares : les musiciens de session des studios Sigma Sound et des sections de cordes empruntées à l'Orchestre de Philadelphie. Sur ce label défilent les O'Jays, Harold Melvin and the Blue Notes, les Three Degrees, Teddy Pendergrass ou Billy Paul. En 1974, les musiciens maison réunis sous le nom de MFSB placent « TSOP (The Sound of Philadelphia) » en tête du Billboard Hot 100 ; le morceau devient le générique de l'émission Soul Train.

C'est cette formule, plus lisse que le funk brut, qui rend le genre exportable et lui ouvre le marché blanc américain, alors trois quarts du marché du disque. Le label accumulera 175 disques d'or ou de platine et comptera, dans les années 70, parmi les cinq plus grosses entreprises détenues par des entrepreneurs afro-américains. Détail qui ne s'invente pas : c'est la branche new-yorkaise de ces mêmes studios Sigma Sound qui accueillera, quelques années plus tard, l'enregistrement de Y.M.C.A..

Les artistes qui ont défini le disco

Quelques artistes ont fait plus que traverser le genre : ils l'ont dessiné.

Donna Summer est l'artiste que l'on associe le plus au disco. Avec « Love to Love You Baby » en 1975, puis surtout « I Feel Love » en 1977 composé avec le producteur italien Giorgio Moroder, elle fait basculer le genre dans l'électronique : la pulsation n'est plus jouée, elle est programmée. Une bonne partie de la house descend en droite ligne de ce seul morceau.

Barry White apporte l'autre versant, le velours. Une voix de baryton profond, une image de séducteur, et une productivité stupéfiante : entre 1973 et 1976, cet artiste produit vingt et un albums. En 1974, il monte le Love Unlimited Orchestra, une formation instrumentale dont « Love's Theme » atteint la première place américaine dès janvier 1974, suivi de « Let the Music Play » en 1976. Sa carrière dépassera les 116 millions de disques vendus.

Chic, c'est le duo Nile Rodgers et Bernard Edwards, sans doute les meilleurs artisans du genre, auteurs de « Le Freak » et de « Good Times ». Leur groove sera samplé par le hip-hop naissant, et Rodgers reviendra hanter les classements quarante ans plus tard.

Les Bee Gees, eux, ont vendu le disco à la planète entière. Gloria Gaynor lui a offert ses deux hymnes de survie, « Never Can Say Goodbye » puis « I Will Survive ». Et Boney M., groupe fabriqué de toutes pièces en studio par l'Allemand Frank Farian, prouve que le genre pouvait s'inventer à des milliers de kilomètres des pistes new-yorkaises : ces interprètes n'avaient jamais mis les pieds au Studio 54.

1977 : l'année où tout bascule

Le 14 décembre 1977 sort un film qui va faire du disco un phénomène planétaire : Saturday Night Fever. Sa bande originale, portée par les Bee Gees, dépasse les 25 millions d'albums vendus et reste 24 semaines en tête. « Stayin' Alive », troisième single, sort le 13 décembre 1977 et devient numéro 1 aux États-Unis en février 1978. L'effet est tel que 1978 devient l'année de tous les records pour l'industrie du disque.

À New York, une discothèque cristallise tout l'imaginaire du genre : le Studio 54, dont les portiers filtrent la porte comme on tient un salon. Le disco n'est plus une musique de sous-sol, c'est le centre du monde.

Les tubes qui ont fait le genre

Impossible de raconter le disco sans la liste. Voici les titres qui, chacun, ont fait avancer le genre, du premier grand succès de Gloria Gaynor aux hymnes de 1978.

Les dates sont celles de la sortie du disque, pas toujours celle du succès : « I Will Survive » sort fin 1978 mais ne devient numéro 1 qu'en mars 1979.
AnnéeTitreArtiste
1974Never Can Say GoodbyeGloria Gaynor
1975Love to Love You BabyDonna Summer
1975The HustleVan McCoy
1977I Feel LoveDonna Summer
1977Magic FlySpace
1977Stayin' Alive (13 décembre 1977, bande originale de Saturday Night Fever)Bee Gees
1978Le FreakChic
1978Y.M.C.A. (un groupe monté par deux Français)Village People
1978RasputinBoney M.
1978I Will Survive (sorti le 23 octobre 1978, numéro 1 aux États-Unis en mars 1979)Gloria Gaynor
1978Born to Be Alive (sorti en novembre 1978 en France)Patrick Hernandez

Un cas mérite un détour : Y.M.C.A. des Village People, sans doute le titre le plus dansé de la planète, dont presque personne ne sait ce que les quatre lettres veulent dire, ni que sa chorégraphie est née d'un malentendu à la télévision américaine. Nous lui avons consacré une enquête complète.

La France, terre de disco

C'est le chapitre que les guides anglo-saxons oublient systématiquement. La France n'a pas subi le disco : elle en a fabriqué une partie.

Sheila enregistre dès 1974 « Samedi soir », considéré comme le premier disque disco français, puis « C'est le cœur » en 1975 et « Love Me Baby » en 1977, dont la version longue de sept minutes paraît sous le nom Sheila B. Devotion. Le sommet arrive en 1980 avec « Spacer », produit par Nile Rodgers et Bernard Edwards, c'est-à-dire par le cerveau de Chic lui-même. Une chanteuse française produite par les auteurs de « Le Freak » : le disco n'a jamais été à sens unique.

Claude François s'y jette avec « Alexandrie Alexandra », « Magnolias for Ever » et même « Disco Météo ». Dalida impose « J'attendrai », « Génération 78 » et « Laissez-moi danser ». Marc Cerrone devient un pionnier du disco électronique et continue de faire vivre son catalogue des décennies plus tard. Patrick Juvet et Patrick Hernandez décrochent des succès internationaux, tout comme Santa Esmeralda ou Théo Vaness, pendant que Régine, Alain Barrière ou Adamo passent aussi par la case paillettes.

Et puis il y a le coup de maître : les Village People, groupe américain jusqu'au bout des moustaches, sont une création de deux producteurs français, Jacques Morali et Henri Belolo, qui ont eu l'idée de mettre en scène les archétypes de la masculinité américaine.

Le disco européen ne s'arrête pas là : deux producteurs installés en Allemagne façonnent une partie du son mondial, l'Italien Giorgio Moroder, compositeur derrière les disques de Donna Summer, et l'Allemand Frank Farian, créateur de Boney M.

Un chiffre à manier avec prudence : Patrick Hernandez revendique 27 millions d'exemplaires vendus pour « Born to Be Alive ». Aucune base officielle de l'industrie ne confirme ce total.

12 juillet 1979 : le soir où l'Amérique a brûlé ses disques

Le 12 juillet 1979, au Comiskey Park de Chicago, une opération promotionnelle propose au public de venir détruire ses disques disco entre deux matchs de baseball. L'autodafé dégénère en émeute et le terrain est saccagé. Cette Disco Demolition Night devient le symbole d'une campagne « disco sucks » qui enterre le genre en quelques mois.

La lecture n'est pas seulement musicale. Beaucoup y voient une revanche d'une Amérique contre celles et ceux qui avaient fait le disco : les femmes, les Noirs, les Latinos, les homosexuels. Ironie cruelle, 1979 est aussi l'apogée absolue du genre, l'année où pratiquement tout le monde voulait faire du disco. Le sommet et la chute, la même année.

Ce que le disco est devenu

Un genre ne meurt jamais, il se déplace. Dans les années 80, le disco se prolonge dans la hi-NRG et l'italo disco, entièrement électroniques, puis irrigue la house, qui n'est au fond qu'une relecture lointaine du même battement à quatre temps. Les années 90 le ramènent par les remix. Les années 2000 relancent la machine avec le disco house et des artistes comme Jamiroquai.

Le vrai retour est plus récent. En 2013, Daft Punk sort « Get Lucky » avec, à la guitare, Nile Rodgers en personne : l'album Random Access Memories est sacré album de l'année aux Grammys 2014. En 2020, le mouvement devient dominant : Dua Lipa publie Future Nostalgia le 27 mars, Lady Gaga sort « Stupid Love », Doja Cat « Say So ». Quarante ans après le bûcher de Chicago, la grosse caisse sur les quatre temps est de nouveau en tête des classements.

C'est aussi cet esprit qu'un spectacle musical est venu rallumer sur une scène parisienne en 2013, aux Folies Bergère, avant de le promener dans les Zéniths de France.

À lire aussi